Il existe une question qui revient régulièrement lorsqu’on parle de formation de formateurs :
« Quel modèle pédagogique utilisez-vous ? » La question est
légitime.
Les théories de l’apprentissage sont indispensables. Elles
permettent de comprendre comment les personnes apprennent, ce qui favorise leur
engagement, le rôle de l’expérience, de l’interaction, de la motivation ou
encore de l’environnement dans les apprentissages.
Parmi les grandes références figurent notamment Vygotski, Piaget,
Carl Rogers, Malcolm Knowles, Jack Mezirow et Philippe Carré, ainsi que les
travaux de Roger Mucchielli sur les groupes et la dynamique collective. Mais
connaître les théories de l’apprentissage ne signifie pas qu’il faille
appliquer une théorie à la lettre.
Il en va de même pour les modèles d’ingénierie pédagogique et de
conception de formation.
Les principaux repères sont aujourd’hui bien connus : ADDIE, Dick
& Carey, ASSURE, SAM, Backward Design, Kemp, mais également l’approche par
compétences, le modèle expérientiel de Kolb, le modèle andragogique de Knowles
ou encore Kirkpatrick pour l’évaluation de la formation.
Certains modèles sont structurants et séquentiels. D’autres sont
itératifs. Certains placent l’apprenant au centre, d’autres partent des
compétences, des résultats attendus ou de l’expérience.
Le modèle est un cadre. Il n’est pas la formation elle-même.
Lorsque l’on débute, ces modèles constituent des repères précieux
pour structurer une démarche.
Avec l’expérience, on apprend progressivement à choisir, combiner
et adapter ces modèles en fonction des situations.
Car un public n’est jamais exactement le même qu’un autre.
Les besoins changent, les objectifs changent, les contextes
changent, les contraintes changent et le public change.
Alors, comment construire une formation ?
Tout commence par une réalité : un public, des besoins, un
contexte, des objectifs et des contraintes.
Les besoins sont identifiés, ils sont transformés en objectifs, les
séquences sont construites, les activités et les ressources sont choisies et les
modalités d’évaluation sont prévues.
Et surtout, ce qui se passe est observé afin d’ajuster la
démarche. La théorie est présente dans chacune de ces étapes mais elle n’est
pas toujours visible. Elle devient, avec le temps, une culture professionnelle,
nourrie par les lectures, les recherches, les expériences, les réussites, les
erreurs et les années de pratique.
C’est peut-être l’une des évolutions les plus importantes dans un
parcours professionnel : passer progressivement de l’application d’un cadre à
la capacité de faire des choix éclairés. Cela ne signifie évidemment pas que
l’expérience remplace la théorie. Bien au contraire, la théorie nourrit
l’expérience, et l’expérience donne du sens à la théorie. Mais à force de
pratiquer, d’observer, d’expérimenter, de réussir, d’échouer et de recommencer,
se développe quelque chose qu’aucun modèle ne peut entièrement formaliser : le
jugement pédagogique.
Et c’est précisément ce qui semble essentiel dans la formation de
formateurs.
Former un futur formateur ne consiste pas seulement à lui
transmettre des théories, des modèles, des méthodes et des outils. Il faut
l’amener à penser pédagogiquement : à observer un groupe, à comprendre les
besoins derrière les comportements, à choisir une démarche plutôt qu’une autre,
à savoir quand changer de stratégie, à construire ses propres activités et à évaluer
les effets de ses choix et surtout, à devenir progressivement autonome dans ses
décisions pédagogiques.
Le véritable objectif d’un formateur de formateurs ne devrait donc
pas être de fabriquer des formateurs qui appliquent correctement un modèle mais
de faire émerger des professionnels capables de dire : « Les modèles sont
connus. Leurs principes sont compris. Et, dans cette situation précise, voici
pourquoi une autre démarche sera privilégiée. »
C’est peut-être cela, finalement, devenir expert. L’expertise
pédagogique commence peut-être lorsque l’on cesse de chercher quelle recette il
faut appliquer et que l’on devient capable d’en créer une qui répond réellement
à la situation.
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