Dans les formations professionnelles, on distingue souvent le Français sur Objectifs Spécifiques (FOS) et le Français Langue Étrangère (FLE), pourtant, ces deux approches sont bien plus complémentaires que séparées.
Sur le terrain, beaucoup d’apprenants arrivent avec
des niveaux très variés en français général, malgré les efforts de regroupement
selon les résultats du test de positionnement. Cette
hétérogénéité des niveaux a des conséquences directes sur l’apprentissage : quand les bases grammaticales ou
lexicales manquent, la progression dans le FOS devient difficile, voire
bloquée. D’où l’importance d’une remédiation FLE intégrée dans le
dispositif de formation.
FLE et FOS : deux démarches liées
Le FOS vise des objectifs professionnels précis
: comprendre des consignes données par son supérieur ou son collègue au
travail, rédiger un mail dans le cadre de son emploi (absence, maladie, demande
de matériel, etc.) ou encore interagir dans le cadre du travail.
Par exemple, dans une formation FOS destinée à des maçons,
l’objectif peut être « mettre en œuvre une consigne sur le chantier », ou de « rédiger un mail
court pour signaler une absence à son employeur »
Le FLE, lui, développe la maîtrise globale de
la langue générale à travers les quatre compétences, ainsi que la grammaire et
le vocabulaire de base.
Ces deux dimensions se nourrissent mutuellement. Un
apprenant qui maîtrise bien le français général peut acquérir les notions liées
à des tâches professionnelles sans être freiné par la langue elle-même. Comme
l’a montré Long (1991), une meilleure maîtrise des structures
linguistiques générales favorise l’efficacité de l’interaction et de
l’apprentissage en contexte.
Cette observation peut être rapprochée de la théorie
de la charge cognitive, selon laquelle une base linguistique solide libère
des ressources attentionnelles pour le traitement des contenus spécialisés.
Quand les lacunes FLE freinent le
FOS
Dans mes formations, les résultats sont très clairs : les
apprenants ayant un niveau A2 confirmé en FLE réussissent beaucoup mieux
les activités FOS que ceux qui restent fragiles en grammaire et en lexique (cas
du niveau A1). Les taux de réussite de
ces apprenants peuvent atteindre jusqu’à 78 %.
Intégrer la remédiation sans alourdir le cours
Voici quelques pratiques concrètes que j’ai mises en
place pour intégrer le FLE dans le FOS :
Diagnostic
initial et analyse
- Test
rapide de positionnement FLE dès la rentrée (type DELF A1/A2).
- Analyse
croisée avec les besoins professionnels.
Micro-leçons
intégrées
Au début de chaque séance FOS, une micro-leçon de 5
à 10 minutes sur un point grammatical ou lexical utile (qui devait être un
pré requis) à la tâche du jour.
Exemples :
·
Avant une
simulation de prise de commande : révision des impératifs («prends», «ferme »,
«mets»).
·
Avant la
rédaction d’un courrier professionnel : rappel des éléments sociolinguistiques
Supports authentiques croisés
Travailler à partir de documents réels (menus, fiches
techniques, vidéos). On y aborde à la fois la compréhension écrite ou orale, le
vocabulaire spécifique et les structures grammaticales utiles à la production
écrite ou orale
Systématisation et consolidation
ciblées
Au cours de
la séquence, je propose une remédiation linguistique intégrée, en lien
direct avec les besoins observés en cours. Chaque semaine, une courte séance de
15 à 20 minutes ludique est prévue pour renforcer les apprentissages et pour permettre
de retravailler les erreurs récurrentes à partir de situations réelles (par
exemple, confusion entre impératif et infinitif). Je propose également des exercices structuraux en
ligne, accompagnés de corrigés automatiques, afin que les apprenants puissent réviser
de manière autonome.
Enfin, un tableau de progression personnalisé
aide chaque apprenant à visualiser ses points à consolider et à mesurer ses
progrès au fil des séances.
Cette approche intégrée me permet d’assurer à la fois
la cohérence du parcours et la continuité entre FLE et FOS.
Ainsi, la
remédiation devient un levier d’autonomie et non une contrainte
supplémentaire.
Résultats et bénéfices
Cette approche intégrée permet de réduire l’hétérogénéité
; de renforcer la confiance et l’autonomie et d’améliorer la réussite globale
du parcours professionnel. Elle ne marque pas un retour en arrière vers le FLE,
mais bien une optimisation du parcours FOS : on consolide les fondations
linguistiques pour mieux atteindre les objectifs professionnels.
Conclusion
La frontière entre FLE et FOS est bien plus perméable
qu’on ne le pense.
Intégrer une remédiation FLE ciblée dans le FOS, c’est assurer une
progression cohérente, durable et efficace.
Et si, au lieu d’opposer FLE et FOS, on pensait
désormais en termes de synergie linguistique ?
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