La gestion des conflits dans une salle de cours de FLE, où se côtoient des apprenants de cultures, de religions et d’histoires parfois opposées :

 Gérer les conflits en classe de FLE : un défi humain et pédagogique

La classe de FLE est un espace unique où se rencontrent des apprenants venus du monde entier. Arméniens et Turcs, musulmans, chrétiens, bouddhistes, athées, jeunes et moins jeunes, femmes et hommes, tous s’assoient côte à côte avec un objectif commun : apprendre le français. Mais derrière cette diversité se cachent parfois des tensions historiques, culturelles ou religieuses qui peuvent émerger dans le quotidien de la classe.

Une diversité source de richesse… et de tensions

La richesse interculturelle d’une classe de FLE est indéniable. Elle permet des échanges profonds, une ouverture d’esprit, une découverte de l’autre. Mais elle peut aussi être le théâtre de malentendus, de jugements, voire de conflits ouverts, surtout lorsque des identités blessées ou des mémoires collectives douloureuses se croisent.

Exemples fréquents :

• Des tensions entre apprenants arméniens et turcs, liées à l’histoire.

• Des incompréhensions entre musulmans pratiquants (notamment pendant le Ramadan) et d’autres qui ne jeûnent pas.

• Des remarques maladroites sur les tenues, les pratiques religieuses ou les habitudes alimentaires.

Le rôle du formateur : médiateur et garant du vivre-ensemble

Le formateur FLE n’est pas seulement un enseignant de langue. Il est aussi médiateur culturel, facilitateur de dialogue et garant d’un climat de respect mutuel. Voici quelques principes clés pour gérer les conflits en classe :

1. Établir un cadre clair dès le départ

Dès les premières séances, il est essentiel de poser des règles de vie en groupe : respect, écoute, non-jugement, droit à la différence. Ces règles doivent être co-construites avec les apprenants pour qu’elles soient comprises et acceptées.

2. Valoriser la diversité comme une richesse

Organiser des activités où chacun peut partager sa culture, ses traditions, ses fêtes, dans un cadre bienveillant. Cela permet de désamorcer les préjugés et de créer des ponts entre les apprenants.

3. Intervenir rapidement et avec neutralité

En cas de tension ou de conflit, le formateur doit intervenir sans prendre parti, en écoutant les deux côtés, en reformulant les propos pour éviter l’escalade, et en rappelant les règles du groupe.

4. Créer des moments de dialogue interculturel

Proposer des débats, des jeux de rôle, des discussions guidées sur des thèmes sensibles (religion, genre, histoire) dans un cadre sécurisé, pour favoriser la compréhension mutuelle.

5. Être à l’écoute des signaux faibles

Un regard fuyant, un silence inhabituel, une absence répétée peuvent être les signes d’un malaise. Le formateur doit être attentif, disponible et empathique, et parfois orienter vers un soutien extérieur (médiateur, psychologue, coordinateur pédagogique).

Former à la citoyenneté et à la cohabitation

La classe de FLE est aussi un laboratoire de la société. En apprenant le français, les apprenants découvrent aussi les valeurs de la République, les droits et devoirs, la liberté de conscience, l’égalité et la laïcité. Le formateur joue un rôle clé dans cette éducation à la citoyenneté, en aidant chacun à trouver sa place dans un espace commun.

Exemples concrets et démarches pédagogiques à suivre en classe :

Comme nous l’avons souligné ci-dessus, la diversité culturelle, religieuse et historique des apprenants en FLE est une richesse, mais elle peut aussi être source de tensions. Le rôle du formateur est alors de prévenir, désamorcer et transformer ces conflits en opportunités d’apprentissage et de dialogue.

Conflit 1 : Tensions historiques entre Arméniens et Turcs

Situation : Lors d’un échange en classe, un apprenant arménien évoque le génocide arménien. Un apprenant turc réagit vivement, niant les faits ou se sentant attaqué.

Démarche à suivre :

1. Intervenir immédiatement pour calmer les esprits, sans prendre parti.

2. Rappeler le cadre de respect mutuel : « Ici, chacun a le droit à la parole, mais dans le respect de l’autre. »

3. Proposer un temps de parole différé : organiser un atelier de discussion interculturelle où chacun peut exprimer son point de vue dans un cadre sécurisé.

4. Utiliser un support neutre (extrait de film, article, témoignage) pour ouvrir un débat sur la mémoire, l’histoire et la diversité des récits.

5. Faire appel à un médiateur culturel si le conflit persiste.

Conflit 2 : Ramadan et différences de pratiques religieuses

Situation : Certains apprenants jeûnent pendant le Ramadan, d’autres mangent en classe ou font des remarques jugées irrespectueuses.

Démarche à suivre :

1. Anticiper : en début de Ramadan, ouvrir un espace de parole pour expliquer les pratiques et sensibiliser les autres.

2. Établir des règles de cohabitation : par exemple, éviter de manger devant ceux qui jeûnent, sans pour autant imposer le jeûne à tous.

3. Valoriser la diversité des pratiques : organiser une activité sur les fêtes religieuses dans le monde, où chacun présente une tradition.

4. Rappeler la laïcité comme cadre de neutralité et de respect des croyances dans l’espace public.

Conflit 3 : Remarques sur les signes religieux ou les tenues

Situation : Une apprenante porte un voile, un autre fait une remarque déplacée. Ou bien un apprenant bouddhiste est moqué pour ses pratiques.

Démarche à suivre :

1. Intervenir fermement contre toute forme de moquerie ou de discrimination.

2. Rappeler les droits et les limites : liberté de religion, mais respect des autres.

3. Proposer une activité sur les symboles culturels et religieux pour favoriser la compréhension.

4. Encourager l’expression personnelle dans un cadre bienveillant.

Conflit 4 : Malentendus culturels ou linguistiques

Situation : Un apprenant utilise un mot ou un geste qui, dans sa culture, est neutre, mais qui est perçu comme offensant par un autre.

Démarche à suivre :

1. Clarifier le malentendu : « Dans ta culture, que signifie ce mot ? Et dans la tienne ? »

2. Transformer l’incident en activité pédagogique : créer un tableau des différences culturelles.

3. Favoriser l’humour bienveillant pour désamorcer les tensions.

Outils pédagogiques pour prévenir les conflits

• Charte de la classe co-construite avec les apprenants.

• Cercle de parole régulier pour exprimer les ressentis.

• Jeux de rôle interculturels pour se mettre à la place de l’autre.

• Ateliers sur la communication non violente.

• Invitations de témoins extérieurs (médiateurs, anciens apprenants, etc.).

Conclusion

Gérer les conflits en classe de FLE, ce n’est pas les éviter à tout prix, mais les anticiper, les comprendre et les transformer en opportunités de dialogue. C’est un travail exigeant, mais profondément humain.

Gérer les conflits en classe de FLE, c’est accepter la complexité humaine, et y répondre avec écoute, pédagogie et humanité. Le formateur devient alors facilitateur de dialogue, gardien du respect mutuel, et passeur de valeurs. Car au-delà de la langue, c’est le vivre-ensemble que l’on apprend. Car au-delà de la langue, c’est le vivre-ensemble que l’on enseigne.

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